Alimentation

Alimentation du cheval : les bases d'une bonne ration

Fourrages, concentrés, compléments minéraux… L'alimentation du cheval est un sujet central pour sa santé et ses performances. Parce que son système digestif ne ressemble à aucun autre, quelques erreurs suffisent à déclencher une colique ou une fourbure. Tour d'horizon des bases à connaître.

Avant tout : cet article présente des principes généraux. Les besoins d'un cheval varient selon son gabarit, son âge, son niveau de travail et son état corporel. Pour une ration précise et adaptée, consultez votre vétérinaire ou un nutritionniste équin.

Le cheval, un herbivore au système digestif fragile

Le cheval est un herbivore strict dont le tube digestif est conçu pour ingérer de petites quantités de fibres en continu, sur une grande partie de la journée. Dans la nature, un cheval pâture entre 12 et 16 heures par jour, avançant lentement et broutant au fil de ses déplacements.

Son estomac est relativement petit — environ 15 à 20 litres — et se vide vite. Il n'est pas conçu pour recevoir de grosses quantités d'aliments en une seule fois. La digestion des fibres se fait ensuite dans le caecum et le côlon, deux structures volumineuses qui abritent une flore bactérienne très sensible aux changements.

Cette anatomie a deux conséquences pratiques importantes :

Comprendre cette fragilité, c'est déjà avoir fait la moitié du chemin vers une alimentation saine.

La base : le fourrage

Le fourrage — herbe, foin, enrubannage, paille — est la pierre angulaire de la ration du cheval. Il doit en constituer la majorité, en volume comme en temps d'ingestion.

Le foin : l'aliment de référence au box

Un cheval au box doit avoir accès au foin en quantité suffisante et de façon quasi continue. On estime souvent qu'un cheval adulte consomme entre 1,5 % et 2,5 % de son poids corporel en matière sèche par jour, ce qui correspond à environ 7 à 12 kg de foin pour un cheval de 500 kg — mais ces fourchettes varient selon la qualité du foin et les autres aliments distribués.

La qualité du foin compte : un foin bien récolté, à bonne maturité, non poussiéreux et sans moisissures est bien supérieur à un foin tardif et sec. Si votre cheval tousse ou présente des problèmes respiratoires, le trempage ou la mise à la vapeur du foin peut réduire sa charge en poussières et allergènes.

L'herbe au pré : bienfaisante mais à surveiller

Le pâturage est idéal pour le bien-être du cheval. Mais l'herbe jeune et riche (printemps, automne après les pluies) peut être très sucrée et entraîner une surcharge en glucides fermentescibles — facteur de risque de fourbure, surtout chez les chevaux sensibles ou en surpoids. Un accès progressif au pré, puis limité si nécessaire, est souvent la bonne approche.

Les concentrés selon le travail

Les concentrés regroupent les granulés, le son, l'orge, l'avoine, le maïs, les floconnés et les aliments complets industriels. Ils apportent une densité énergétique plus élevée que le foin, utile pour les chevaux en travail intensif ou ceux qui ont du mal à maintenir leur poids.

Quand les concentrés sont-ils nécessaires ?

Comment les distribuer ?

Les concentrés ne doivent jamais être donnés en un seul gros repas. Mieux vaut les répartir en deux à trois prises dans la journée, en petites quantités à chaque fois. Une règle empirique souvent citée : ne jamais dépasser 2 à 2,5 kg de concentrés par repas pour un cheval de 500 kg. Au-delà, la capacité de digestion de l'intestin grêle est dépassée, et les glucides non digérés arrivent dans le caecum — où ils fermentent et font baisser le pH, ce qui peut provoquer une acidose et une colique.

Eau, sel et minéraux (CMV)

Ces trois éléments sont souvent les grands oubliés de la ration.

L'eau : premier nutriment du cheval

Un cheval adulte boit entre 20 et 60 litres d'eau par jour, selon la température, le travail et le type d'alimentation (plus il mange de fourrage sec, plus il boit). L'accès à une eau propre et fraîche doit être permanent. Un cheval qui ne boit pas suffisamment est un cheval à risque de colique.

Le sel

Le cheval a un besoin naturel en sel (chlorure de sodium). Une pierre à sel à disposition libre est la solution la plus simple et la plus efficace : le cheval se lèche selon ses besoins. En période de forte chaleur ou d'effort intense, les pertes en sodium augmentent avec la transpiration.

Les compléments minéraux et vitaminés (CMV)

Un cheval nourri essentiellement au foin — sans herbe fraîche ni concentrés complets — peut manquer de certains minéraux (phosphore, calcium, magnésium) ou de vitamines liposolubles (A, D, E). Un CMV adapté, dosé selon les recommandations, comble ces lacunes sans risque de surdosage. Choisissez-le en fonction de la composition de votre fourrage, idéalement après une analyse de foin ou un conseil vétérinaire.

Les règles d'or

Voici les grands principes à retenir pour nourrir votre cheval sans risque :

Plusieurs petits repas plutôt qu'un ou deux gros

Idéalement, le cheval devrait avoir accès au foin en quasi-continu, et les concentrés (si besoin) distribués en deux à trois petits repas. Les longues périodes de jeûne — plus de 4 à 6 heures sans fourrage — favorisent les ulcères gastriques et les comportements indésirables.

Les transitions alimentaires doivent être progressives

Changer de fourrage, introduire des concentrés, passer au pré : toute modification du régime alimentaire doit se faire sur plusieurs jours à quelques semaines. La flore du caecum s'adapte lentement, et un changement brutal peut déséquilibrer la fermentation et provoquer une colique ou une fourbure.

Ne pas travailler juste après un gros repas

L'effort physique intense juste après un repas copieux peut perturber la digestion et augmenter le risque de colique. En pratique, il est conseillé d'attendre au moins une heure — et idéalement deux — après la distribution de concentrés avant une séance de travail soutenu. À l'inverse, donner du fourrage après l'effort est tout à fait possible et même conseillé.

Observer régulièrement l'état corporel

La ration idéale n'est pas figée : elle doit être ajustée selon l'état corporel du cheval. L'échelle de Henneke (de 1 à 9) est un outil simple pour évaluer visuellement et par palpation l'état d'embonpoint. Un cheval en état 4-5 sur 9 est généralement en bon équilibre. Un cheval trop maigre ou trop gras est un signal qu'il faut revoir la ration.

Pour suivre ces évolutions dans le temps, noter les observations au fil des semaines est très utile — c'est l'un des usages du carnet d'entraînement équestre : consigner non seulement les séances, mais aussi les soins, le comportement et l'état général du cheval.

Adapter selon l'âge, le travail et l'état

Il n'existe pas de ration universelle. Voici quelques grandes lignes :

Profil du chevalParticularités alimentaires
Poulain / jeune chevalBesoins élevés en protéines de qualité, calcium et phosphore pour la croissance ; éviter les concentrés trop énergétiques
Cheval adulte à l'entretienFoin à volonté ou en grande quantité + CMV ; concentrés inutiles si état corporel correct
Cheval en travail modéré à soutenuApport énergétique augmenté via concentrés adaptés ; surveiller l'état corporel
Jument gestante / allaitanteBesoins accrus en énergie, protéines et minéraux en fin de gestation et en lactation
Cheval senior (20 ans et plus)Souvent difficultés à mastiquer et à maintenir le poids ; fourrages plus tendres, aliments seniors en granulés, surveillance accrue
Cheval en surpoids ou à risque de fourbureRéduction stricte des sucres (herbe riche, céréales, enrubannage sucré) ; foin de prairie pauvre analysé si possible
Consultez un professionnel. Un vétérinaire ou un nutritionniste équin peut analyser la composition de votre fourrage, évaluer l'état corporel de votre cheval et vous proposer une ration chiffrée. C'est particulièrement utile si votre cheval présente un problème de poids, une pathologie métabolique (PPID, syndrome métabolique équin) ou des épisodes de coliques répétés.

L'alimentation est étroitement liée au bien-être global du cheval. Si vous souhaitez aller plus loin, l'article sur les signes de douleur chez le cheval vous aidera à repérer rapidement un changement de comportement qui pourrait être lié à un inconfort digestif.

Gardez un œil sur la ration et les soins de vos chevaux

Avec Cabriole, notez les repas, les transitions alimentaires, les soins et les rappels vétérinaires au même endroit — pour ne rien oublier et suivre l'évolution de chaque cheval.

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